Thyroid Cancer Canada
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Témoignages de persévérance

Voici des témoignages individuels de survivants du cancer de la thyroïde. Chacun est unique et saura vous inspirer. Partagez votre témoignage de survivants du cancer de la thyroïde – cliquez ici pour soumettre.

Nadia Hohn, Blogger

Si, comme moi, vous êtes une blogueuse, vous avez sans doute déjà entendu l’une de ces affirmations d’un membre de votre famille, d’un ami ou d’un conjoint : « Ne publie pas ça sur ton blogue! », « Vas-tu bloguer sur le sujet? » ou même, le très utile « Tu devrais publier ça sur ton blogue ». J’ai entendu ces trois affirmations lors de ma plus récente expérience dans la « blogosphère ».

Ma première tentative s’est produite lorsque j’ai pris une pause de ma carrière d’enseignante il y a de cela cinq ans : je travaillais au sein d’une sorte de programme de formation et de renforcement des capacités commerciales pour une compagnie, où je me suis ennuyée à mourir. J’avais des manuels de chimie empilés sur mon bureau, car je suivais également des cours préalables à mon inscription à l’école de médecine naturopathique, et j’ai décidé d’exprimer toute mon anxiété, mon indécision, tous mes regrets et tout mon apitoiement dans un article de blogue très pathétique. Ouch! Juste d’y penser, j’en ai des frissons... En 2011, quelques années après avoir quitté mon poste en entreprise, ma vie a connu des changements radicaux. J’ai fait une croix sur mes études en naturopathie, j’ai décidé de retour sur les bancs d’école et j’ai reçu un diagnostic de cancer papillaire de la glande thyroïde le 17 novembre 2010. Mon médecin avait détecté une bosse sur mon cou cinq mois plus tôt. J’ai été dégoûtée de voir que ce vieil article de blogue existait toujours comme un zombie exorcisé qui devait désespérément être « euthanasié ». J’ai fait de mon mieux pour le supprimer... supprimer... supprimer... puis j’ai décidé de commencer un nouveau blogue nommé Blue Butterfly, une option plus rafraîchissante, élégante et vibrante, comme son nom l’indique. J’avais tant de choses à écrire sur ce nouveau blogue. . . livres, musique, art, nutrition et cancer, cancer de la thyroïde pour être plus exacte. Et je voulais tout raconter sur le cancer de la thyroïde... tout...  raconter.

« Pourquoi racontes-tu toute ta vie privée là-dessus? », m’a demandé ma mère. Eh bien, quand j’ai reçu mon diagnostic de cancer de la thyroïde, je ne connaissais personne qui était atteint de cette malade, mis à part la vedette du rock Rod Stewart et le critique de film Roger Ebert. J’ai parcouru l’Internet à la recherche de comptes et de site Web de première main portant sur le « parcours du cancer de la thyroïde », mais je n’ai pratiquement rien trouvé.

Avec le cancer de la thyroïde comme muse, le désir de faire savoir à tous mes amis et mes proches comment j’allais, ainsi que ma volonté de partager « des expériences, des réflexions et des leçons dans le cadre de mon parcours avec le cancer », j’ai décidé de lancer mon blogue Blue Butterfly. J’ai choisi le mot « blue » (bleu) parce qu’il s’agit de ma couleur préférée, et le mot « butterfly » (papillon) étant donné que la thyroïde a la forme de cet insecte. J’ai par la suite appris que le papillon bleu a d’autres significations : par exemple, il est le symbole de la guérison au Costa Rica. Un film québécois portant le même nom raconte l’histoire vraie d’un jeune patient atteint de leucémie qui a été guéri lorsqu’il a trouvé cet insecte rare. Les papillons sortent également de cocons et, pour moi, mon isolation radioactive ressemblait un peu à un cocon duquel j’allais ressortir revigorée et transformée.

Blue Butterfly est devenu un antidote dans le cadre de mon processus de guérison. Avant de commencer mon blogue, j’étais pétrifiée à l’idée d’utiliser le mot « cancer » pour décrire ma maladie et j’avais peur de raconter mon histoire aux gens en dehors de ma famille et mes amis. Depuis que j’ai commencé mon blogue, cinq mois après mon diagnostic, je suis non seulement devenue plus à l’aise avec les mots cancer et tumeurs (je les appelais plutôt carcinome et nodules), mais j’ai également commencé à m’ouvrir un peu plus par rapport à mon diagnostic. Lors d’un congé de maladie du travail, j’ai rapidement appris à concevoir un blogue approprié avec un design attrayant, comment photographier des aliments avec un éclairage adéquat et à inventer des listes de lecture de vidéos musicales comme : La liste de lecture de la survivante du cancer, La liste de lecture pour l’attente des résultats de la scintigraphie du corps entier et La liste de lecture radioactive. J’ai blogué à propos de mes récentes découvertes portant sur le végétalisme, de bons livres et des arts inspirants en cours de route, et ce, tout en offrant, selon les mots tirés de mon blogue, un chemin de guérison « délicieux, donnant matière à réflexion et créativité ». Au début, alors que je me rétablissais du cancer de la thyroïde, ma santé physique ne me permettait pas de faire beaucoup de choses, mais je pouvais facilement bloguer (et cuisiner) pendant des heures. Mais malgré tout, lorsque j’arrêtais, je tombais presque de fatigue. Tout ceci était à ce point stimulant.

J’ai regardé des films, discuté avec des groupes de soutien et assisté à des événements comme le Forum des patients de Cancer de la thyroïde Canada, et à la retraite et à la conférence de Young Adult Cancer Canada. J’ai créé une liste de célébrités qui ont été atteintes du cancer de la thyroïde qui contient beaucoup plus que les seuls noms de Roger Ebert et de Rod Stewart. J’ai emprunté des chemins très sombres lorsque j’ai discuté de la mort, du ressentiment, de la crainte de la récurrence, de l’hypocondrie, de la dépression et des larmes. . . J’ai écrit sur les hauts et les bas, les joies et les peines, la morosité et les situations cocasses liées au fait d’être radioactive et seule pendant quatre jours lors de la longue fin de semaine de Pâques de 2010 alors que je rêvais de cuisine thaïlandaise et de rouleaux de printemps. J’ai finalement pu aller en manger lorsque tout s’est terminé, mais j’ai pleuré parce que je ne pouvais rien goûter, ce qui est un effet secondaire de l’iode radioactif (IRA). Tout est revenu à la normale aujourd’hui. J’ai écrit sur les défis liés aux prestations de maladie, au Thyrogen (ou son absence), aux finances et à l’invalidité de longue durée.

J’ai écrit sur les causes possibles du cancer de la thyroïde que j’ai découvertes lors de mes lectures, celles dont les docteurs ne vous parlent pas, ainsi que sur la politique et l’activisme. J’ai créé une liste intitulée « 100 manifestes funky et sexy » (100 Funky Sexy Manifestos), qui correspond à une série d’articles portant sur ce que je souhaitais accomplir après mon cancer de la thyroïde. J’ai même écrit une série d’articles sur Meaty, ma cicatrice laissée par ma thyroïdectomie, et ses plus « récentes aventures ».

De l’autre côté, il y avait certains aspects de ma vie pour lesquels j’ai dû restreindre mon ouverture. Par respect pour mon fiancé, et pour protéger notre vie privée, les articles sur notre relation ont été limités au minimum, mais je dirais que le blogue lui a été salutaire. À titre d’auteure, je peux accéder à certaines émotions et expériences, et les exprimer plus facilement par l’écriture, donc grâce à ce blogue. En lisant certains de mes articles, il a été en mesure de comprendre beaucoup mieux ce que je vivais et d’y répondre en conséquence. J’ai également dû faire preuve de discrétion, car je savais que mes employeurs pourraient ultimement consulter mon blogue. Par-dessus tout, j’ai réalisé que les avantages du blogue compensaient largement ses risques.

Un jour, il lisait mon blogue et un collègue a regardé par-dessus son épaule, a vu une photo de « Meaty », et s’est exprimée : « Ouache! C’est dégoûtant. Qui a mis ça sur Internet? » Ce à quoi il a alors répondu : « Ma fiancée et ceci est la cicatrice découlant de son opération pour le cancer de la thyroïde. Elle montre qu’elle est forte et résiliente ». (Bien dit!) Je suis si contente qu’elle ait vu ma cicatrice. Les gens qui ont souvent relégué le cancer de la thyroïde au rang de « cancer facile » ont pu connaître mon parcours et, en voyant mes cicatrices, ont pu voir de quoi il en retournait vraiment.

Au moment de commencer l’écriture de mon blogue, j’étais loin de me douter que j’allais créer une source de renseignements non seulement pour moi-même, mais également pour les survivants du cancer de la thyroïde et des autres cancers, ce qui me rend extrêmement fière. J’ai non seulement reçu des courriels et des réponses de survivants, de membres des familles et des amis qui ont été inspirés par ces articles, mais j’ai également gagné des lecteurs aux États-Unis, en Espagne et en Israël (ainsi que plusieurs pourriels). Dès sa création en avril 2011, Blue Butterfly a récolté plus de 60 000 pages vues et contient plus de 200 articles. Blue Butterfly m’a également ouvert des portes. J’ai été invitée à parler lors d’événements, interviewée pour un magazine en ligne et j’ai même commencé un second blogue, My Big Fat Jamaican Wedding, pour documenter la planification de mon mariage.

La création de Blue Butterfly a été un véritable cadeau pour moi à plusieurs égards. Il m’a aidé à raviver ma passion pour l’écriture, que je souhaite poursuivre sur les plans académique et professionnel. Ce blogue m’a permis de faire un compte rendu brut et légitime de mon parcours à un moment très unique de ma vie. Mais par-dessus tout, il m’a offert un endroit pour me connecter aux autres et les aider.

Vous pouvez visiter Blue Butterfly au http://nadiahohn.blogspot.com